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Fille de Choix #18

Sofia rasquin: support your local witch

Sofia Rasquin, c’est tellement de choses que c’est carrément impossible de passer à côté de son travail. Elle a co-fondé Bloom Hill et les Loop Sessions Brussels, elle anime une émission sur la radio flamande BRUZZ, et est en charge de la distribution et de la promotion internationale des artistes au sein du label Crammed Discs. Elle nous a préparé une playlist d’artistes belges, merci Sofia!

TO THE PLAYLIST

Ca m’a toujours tenu à coeur de partager des pépites belges, qui plus est féminines. J’espère que vous prendrez autant de plaisir à l’écouter que j’en ai pris lors de la sélection!

Tous les mois, une nouvelle curatrice sélectionne une playlist où les artistes féminines sont majoritaires/dominent. Pour qu’elles existent, pour qu’on les découvre, pour se battre contre le sexisme et l’invisibilisation des femmes dans la musique.

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Releases Together

Mais qu’est-ce qu’on a fait en 2020 ?

2021 s’approche doucement de l’automne… pourtant, on a même pas pris le temps de dire au revoir à 2020. Parce que oui, Luik a sorti des disques en 2020 et n’a pas cessé de travailler malgré le bordel général. Petite (on va essayer) rétrospective sur une année pas si pourrie que ça.

Team building post ESNS à Amsterdam, par JB

L’Eurosonic 2020, c’était beaucoup d’amour et on avait déjà écrit une lettre dégoulinante de love pour ne jamais oublier. On vous ressort maintenant l’histoire bonus de la patte folle, la chute est incroyable.

31 janvier 2020 – Fête au Petit Bain à Paris avec Fauchage Collectif

La plus belle des nuits parisiennes, on vous l’a racontée ici.

31 JANVIER 2020 – The Guru Guru – Point Fingers LP

En parlant de l’Eurosonic 2020, The Guru Guru y était cette année-là, quelques jours avant de sortir leur deuxième excellent album ‘Point Fingers’ sur le label Grabuge et chez nous. Grabuge, c’est un label co-fondé par Max Roy de Lysistrata, il nous en parlait déjà ici. Big up éternel à cette pochette.

28 FÉVRIER 2020 – Alaska Gold Rush – Camouflage LP

L’album du monde d’avant. Alaska Gold Rush a même pu faire sa release party in extremis au Botanique le 8 mars 2020, au moment où personne ne se doutait que tout allait bientôt changer. Cet excellent disque paraît beaucoup plus lointain que les autres sorties Luik, figé dans un monde où tout était différent. Si vous n’avez pas eu l’occasion de les voir, il faut guetter le prochain concert près de chez vous car en live, c’est vraiment dingue.

13 MARS 2020 – Endz – Harmed LP

Là, ça se complique… le deuxième album du groupe, enregistré à Montréal au Breakglass Studio par Jace Lasek est sorti le premier jour du confinement. Une release party reportée 6 fois, un groupe déçu car peu de possibilités de présenter tout ce travail en live, comme beaucoup d’autres. Un an et demi plus tard, on balaye tout ça et on re-sort une édition deluxe de l’album (8 octobre 2021), pour refermer le chapitre avec joie. La fête aura enfin lieu au Botanique le 9 octobre avec les copaines d’Annabel Lee!

19 MARS 2020 – découverte de twitch & online release party Annabel Lee

On a profité du confinement pour lancer notre chaîne Twitch. Pour y expérimenter d’abord, mais aussi pour proposer des choses plus ambitieuses comme le concert solo acoustique d’Audrey d’Annabel Lee. Aussi sur notre chaîne, Roxie Rookie de la Jungle nous a cassé les oreilles, JB a joué à League of Legends, les MSS FRNCE gagnaient tellement de blindtests qu’ils ont fini par les organiser eux-mêmes. En 2021 on est passé au next level, et c’est pas fini… mais chaque chose en son temps.

Live session sur Twitch par Mat Gol, filmée par Mat Gol
20 MARS 2020 – Annabel Lee – Let the Kid Go LP

Premier album pour notre groupe 100% bruxelles vie, suivi d’une première tournée française de l’apocalypse. On peut dire que Let The Kid Go aura tout de même eu la belle vie, un vinyle sold-out qui a définitivement vu le groupe sortir du garage pour défendre une nouvelle esthétique plus poussée et “ambitieuse” (drôle de mot). Après une belle flopée de dates (le Printemps de Bourges notamment), on ne veut pas let the kid go et on vous prépare un repress XXL de vinyles pour la fin de ce mois, déjà disponibles en pré-commande.

NOT
24 AVRIL 2020 – Princess Thaïland – We Shine LP

Si vous connaissez Luik, vous savez qu’on aime particulièrement entretenir nos amours avec la scène noise française. On a embarqué dans la team Princess Thaïland après le Fifty Lab 2019. Le groupe a sorti son album “And We Shine” sur le label A Tant Rêver du Roi, et ils joueront au Point Éphémère à Paris avec It It Anita le 14 septembre.

AVRIL 2020 – la découverte de zoom
Avec Endless Dive
8 avril 2020 – Soirée au Kultura avec OSH, Annabel Lee et Equipe de Foot

Une date annulée parmi des milliers d’autres, mais pour nous, c’était surtout nos premiers pas en production événementielle, notamment grâce à Romain notre super stagiaire, qui n’a jamais vu naître le fruit de son travail. Avec du recul, ce n’était pas la période idéale pour faire un stage en production événementielle.

Impression quali avec la riso de Signes du Quotidien
2 OCTOBRE 2020 – Catalan – Veritas LP

L’album from far far away (pour nous du moins) don’t on est fier. Ewen Friers (de la famille ASIWYFA), leader du groupe, a même fait un aller retour Dublin-Liège pour sortir ce disque sur Luik Music. Des morceaux puissants et pétillants à la fois, c’est possible, car iels l’ont fait!

30 OCTOBRE 2020 – Ode To Space Hassle – Down Memory Lane LP

Release d’un groupe de liégeois sur deux labels liégeois, c’est beau, la bise à nos voisins de Jaune Orange. Mais c’est surtout un rock psyché qu’on adore, et la naissance d’un très beau clip en animation sur le morceau ‘No Future’ à voir tout de suite si vous l’avez manqué.

2020, c’était aussi toujours plus de disques vendus, de beaux articles de presse, et l’occasion pour nous de mettre de l’ordre dans notre bordel. Mais maintenant c’est bon, on est prêt·e·s à vous revoir en LIVE, on est gonflé·e·s à bloc et on a hâte de balancer la sauce!

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Fille de Choix #17

Margaux Bernard: la nouvelle génération est là et elle est féministe

Margaux Bernard est chargée de communication chez Court-Circuit, la fédération des organisations de concert et festival en Fédération Wallonie-Bruxelles. Le 22 mai dernier, elle nous a fait l’honneur de venir parler de son travail à l’occasion de notre label night au Reflektor, merci encore, toi qui aime tant être sous les spotlights. Margaux nous partage un précieux témoignage sur ses débuts et son parcours dans le milieu de la musique, en plus de sa playlist “bordel” pleine de couleurs, de genres et d’influences différentes. Merci Margaux!

LA PLAYLIST DE MARGAUX
Son texte:

Je me souviens tip top du moment où j’ai décidé de bosser dans ce secteur : j’avais 13 ans et j’ai eu ma révélation devant un concert de Moby avec mes parents (notez la petite anecdote et les sorties familiales de qualitey). A cet instant T, je ne savais évidemment pas ce que je voulais faire exactement, mais il fallait que ce soit en rapport avec la musique et le live.

J’ai fait mon petit bout de chemin, arpenté inlassablement les salles, festivals et soirées dans l’espoir de voir des bons concerts et d’étoffer mon CV, et ce n’est qu’à mes 23 ans que mon parcours dévoilera une toute nouvelle lecture. La collègue qui m’encadrait pour un stage me disait : “En tout cas, il faut absolument que tu continues dans la musique. On est vraiment pas assez de nanas”. Et comme si mes oeillères (ou une personnalité beaucoup trop adaptative) tombaient, je m’exclame : “Bordel, mais t’as raison !”

Que ce soit sur scène ou en coulisses, il est (tristement) facile d’énumérer les obstacles pour chacune : pas de sentiment de légitimité, peu de représentation, devoir encore et encore faire ses preuves, être la nana qu’on peut infantiliser… Le tableau n’est pas beau à voir et la liste n’est pas exhaustive. Heureusement, une petite lumière au bout du tunnel depuis quelque temps, des belles initiatives et projets qui se mettent en place, en prenant également en compte l’intersectionnalité. Le combat n’est pas fini, mais il prend définitivement une dimension nouvelle.


Concernant cette playlist, elle est un clin d’oeil à la Margaux ado, celle d’il y a deux semaines ou 3 ans, à mes proches et mes potes qui me permettent chaque jour de découvrir des pépites à faire résonner dans mes cages à miel. A toutes les meufs qui m’accompagnent au quotidien, toutes celles qui manquent (les choix, c’est dur !) et celles à venir. Bienvenue dans ma tête : il y a du vieux, du récent, des surprises, des choix obvious… Bref, j’espère que vous aimez le bordel.

Margaux Bernard
Artistes dans la playlist

with Little Simz, Cibo Matto, Danitsa, Dehd, Nidia, FLOHIO, Brutus, Ossuary, Camilla Sparksss, Chynna, Siouxsie And The Banshees, Kelly Lee Owens, Khruangbin, Candi Staton, Françoise Hardy, Dua Lipa, Coven, おとぼけビ~バ~ - Otoboke Beaver, Cherry Glazerr, FLOWERS, Patti Smith, Monsterra Caballé, The Blessed Madonna, Becca Mancari, Avalon Emerson, Emma-Jean Thackray, M.I.A., Pat Benatar & Neil Giraldo, Sharon Van Etten, Angel Olsen, Jaimie Branch, Nite Fleit, Oktober Lieber, Eartheater, hania rani, Beth Gibbons, Chelsea Wolfe, Acid King, Cocaine Piss, courtney barnett, Santigold, Blondie, Derya Yildirim, Nina Simone, Alabama Shakes, S O R O R, Beach House, Alexandra Savior, Fleetwood Mac, The Velvet Underground, Kaitlyn Aurelia Smith

Tous les mois, une nouvelle curatrice sélectionne une playlist où les artistes féminines sont majoritaires/dominent. Pour qu’elles existent, pour qu’on les découvre, pour se battre contre le sexisme et l’invisibilisation des femmes dans la musique.

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It It Anita: making of “More” with Maureen Vdb, director (EN)

FRENCH VERSION HERE
BACK WITH MRNVDB ON THE DIRECTION OF THE VIDEO FOR ” MORE ” BY IT IT ANITA. THE BAND RELEASED “SAUVÉ” ON APRIL 2, 2021.

I think it started with a message from Damien on Slack saying “You wanna make a video for MORE? It’s due in two weeks.” I obviously replied “Come on!”

The initial pitch was: a simple and effective idea. Very quickly we came up with the idea of breaking things because the song is about excessive consumption and we needed something strong at the climax, as the song is built upwards. Then if possible to have a motorized two-wheeler to make a nod to the “Moto Break” (that’s the codename for that guitar part Mike plays at 01:40). The ideas came in all directions. My Production Manager persona thought “Ok, we don’t have much time, we can’t go on a wild goose chase that will take us more than a day to shoot”. So our different scenes had to be shot in the same area. 

By some celestial trick, I think back to the trailer in which my brother and I used to hang out during our teenage years. I hadn’t been back there in ages, so there’s no guarantee it’s still there. I asked my mother to go check because she’s still living in the area and she answered: “Which trailer?” (I had at least the confirmation that our hideout of the time was perfect). No choice then, two days later I made the round trip. The trailer was there, it hadn’t moved an inch and it was even more beautiful than I remembered, because nature had continued to gain ground. At the time it was obvious, we had to shoot there – then my practical side was delighted because we had within reach this trailer but also a field, a grove, a vacant lot and the family house for the lunch break. Now we had to start from there, the location, to build the story with these different elements.

Two buddies in the countryside who are zoning out, getting pissed, breaking things and who, with adrenaline, end up hooking up. Well, all we had to do was to find these two buddies for a rock Sunday in the countryside, in front of our camera. (Oh, yes, and find things to break). In the equation there were still many unknowns: the actors, but also the weather (which everyone knows, in Belgium, in March…), the farmer who owns the land, that we could not reach to get an authorization, and who could show up at any time to put a gunshot in our face, and all those things like a shard of glass in the camera or in the eye that could make this shooting go completely wrong. One could say that luck was on our side. And let me quote Orelsan: If you want to make movies, you just need something that shoots. I was pretty relieved when we said “It’s a wrap” but we weren’t quite there yet.

In the end, between the script and the final result, there is only the bare minimum left. First of all because during the shooting we let ourselves be carried away by the energy of the moment and we were quite confident that we had enough interesting shots even if we left out almost half of the scenes. The same goes for the editing, some filmed sequences were skipped because more than a story that goes from point A to point B, going through this or that stage, it is a general atmosphere and a build-up that we wanted to achieve. But as I said, the core is still there. As it is a co-direction between Damien and me, we wanted to stick together in the editing (in the same way that we passed the camera to each other on the shooting). It is, I think, an unorthodox way to do things in this business, especially on such a short video, but I think we managed to bring out the best of each other. We were each responsible for a part of the video and the other one came to make adjustments, suggest ideas, etc. As he obviously has a different knowledge of the song than I do, his contribution on the rhythm of the editing was also considerable. And then he dealt with my moments of doubt and stress, and that too was considerable.

Once we agreed on the final cut (and after pulling my hair out on a rough color grading because it’s clearly not my job), I was happy but not entirely satisfied and couldn’t figure out why. We prepared the upload as it was, anyway at some point we had to let go, accept that on a piece of work, whatever it is, we always have the impression that it is not finished, and that we could probably do better, and anyway, the deadline approaches, etc. Until I woke up at 5am a few days before the release with an idea… Everything has to be cropped to a 4:3 aspect ratio (that’s the aspect ratio I’ve always preferred to shoot with a little Hi8 I’ve been lent for a long time). It makes more sense with the way we want to tell this story – in fact, it’s striking because when we cropped the image, nothing interesting was happening on the edges – and that was how we filmed (unconsciously). So it was clear, we tighten everything up and we finally find ourselves at the right distance from our characters. We are with them. Damien follows me on this one. It is good, this time, we let go.

Here is the result:

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STREAM “Sauvé” / ORDER 12″ BLACK LP

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Fille de Choix #16

Myriam Eddaïra: l’expérience du son

Myriam Eddaïra a commencé à travailler en tant qu’assistante puis ingénieure du son dans les studios parisiens en 1995. Sa carrière a d’abord été marquée par des collaborations avec de gros projets artistiques, mais lorsqu’elle a lancé son studio d’Ikken en 2000, elle a fait le choix d’accompagner uniquement des artistes émergent·e·s. Elle enregistre, conseille et accompagne, elle est aussi formatrice, notamment pour la prestigieuse formation d’Issoudun. Cette année, elle a lancé sa chaîne Twitch où elle partage ses connaissances approfondies sur le monde de la musique. Merci Myriam, nous sommes très fier·e·s de te compter parmi nos ami·e·s!

Si vous voulez entendre la voix de Myriam, JB a enregistré avec elle la dernière émission Luik Stories sur la webradio Rstlss

LA PLAYLIST DE MYRIAM, SON TEXTE ⇩

Commencer à travailler dans la musique à la fin du XXe siècle, c’est un rêve de liberté : enregistrer des disques, vivre en écoutant de la musique jour après jour, essayer de mettre un morceau d’âme dans chaque séance.

Travailler dans la musique en tant que femme, c’est le plus souvent être contrainte aux tâches administratives en dehors des carrières de musiciennes fortement genrées (chanteuse, pianiste, flûtiste, violoniste ou harpiste) Mais pas ou si peu ingénieure du son, guitariste, batteuse, bassiste, réalisatrice.

Travailler dans la musique en tant que femme, c’est devoir quotidiennement faire la preuve de ses compétences, inlassablement, jusqu’à l’absurde. 

Travailler dans la musique en tant que femme, c’est être régulièrement infantilisée, perçue comme une ravissante idiote, voire un objet de sexualisation plutôt qu’une collègue exerçant à armes égales.

Travailler dans la musique en tant que femme, c’est devoir se construire une armure et des convictions profondément ancrées pour faire face aux injustices.


Travailler dans la musique en tant que femme, ce n’est pas rose tous les jours, mais c’est avant tout la satisfaction de ne pas laisser passer l’occasion d’enchanter le quotidien. 


Travailler dans la musique entant que femme, au XXIe siècle, c’est le rêve de liberté exaucé et continuer de poursuivre d’autres rêves, plus haut, plus fort.

Myriam Eddaïra

with Ibeyi, Arlo Parks, June Milo, Pelikeon, Awa Ly, Marianne Faithfull, Clams Casino, Imogen Heap, Anna Calvi, Yoko Ono, Alanis Morissette, Sarah Olivier, Kim Gordon, ANNE PACEO, Leïla Martial, Mirjam Skal, Sophie Hunger, Uèle Lamore, Romane Santarelli, An Eagle in your Mind, Luna Silva Music, Annie Lennox, MISIA, Illustre, Luciole, Barbara, DUO Amazone, Mariama, Melanie De Biasio, Flèche Love, Norah Jones, Anoushka Shankar, Laurie Anderson, SCARLET, Findlay, Merryn Jeann, Cat Power, Kate Bush, Patti Smith, Claire Denamur, Suzanne Vega, Ani DiFranco, Nina Simone

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It It Anita: making of “More” with Maureen Vdb, director (FR)

ENGLISH VERSION HERE
Retour avec mrnvdb sur la conception et la réalisation du clip de “MORE” pour It It AnitA. le groupe a sorti “sauvé” le 2 avril.

Je crois que c’est parti d’un message de Damien sur le Slack du style “T’es chaude on fait un clip pour MORE. C’est pour dans deux semaines.” J’ai évidemment répondu “Allez!”

Le pitch de départ c’était : une idée simple et efficace. On a très vite voulu péter des trucs parce que ça parle de surconsommation et il fallait quelque chose de fort au climax comme le morceau est construit en montée. Puis si possible avoir un deux roues motorisé pour faire un clin d’œil au break moto que Mike joue à la guitare à 01:40. Les idées ont fusé dans tous les sens. Mon persona de prod a pensé “Ok, on a peu de temps, on peut pas partir dans des délires qui nous demandent plus d’un jour de tournage”. Il fallait donc que nos différentes scènes puissent se tourner dans un même périmètre. 

Par je ne sais quelle manigance céleste, je repense à cette roulotte dans laquelle on traînait avec mon frère pendant nos années de glande adolescente. Ca faisait des lustres que j’y étais pas retournée donc aucune garantie qu’elle s’y trouve toujours. Je demande alors à ma mère de vérifier car elle habite encore dans le coin et là elle me répond “quelle roulotte?” (J’avais au moins la confirmation que notre planque de l’époque était parfaite). Pas le choix donc, deux jours après je fais l’aller-retour. La roulotte était bien là, elle n’avait pas bougé d’un centimètre mais elle était encore plus belle que dans mon souvenir car la nature avait continué de gagner du terrain. Sur le moment c’était une évidence, il fallait qu’on tourne là – puis mon côté pratico-pratique était ravi car on avait à portée de main cette roulotte mais aussi un champ, un bosquet, un terrain vague et la maison familiale pour la pause lunch. Il fallait maintenant partir du lieu pour construire l’histoire avec ces différents éléments.

Deux potes en campagne qui zonent, se font chier, cassent des trucs et qui avec l’adrénaline finissent par se pécho. Bon bah on avait plus qu’à trouver ces deux potes partant pour un dimanche champêtre et rock devant notre caméra. (ah oui et trouver des trucs à casser). Dans l’équation il restait encore beaucoup d’inconnues : les acteurs, mais aussi la météo (qui chacun sait, en Belgique, en mars…), le fermier à qui appartient le terrain qu’on n’a jamais pu joindre pour avoir une autorisation qui pouvait débarquer à tout moment pour nous mettre un coup de chevrotine et toutes ces choses comme un éclat de verre dans la caméra ou dans l’oeil qui pouvaient faire que ce tournage parte complètement en couille. On peut dire que la chance a été de notre côté. Et je me permets de quoter Orelsan : Si tu veux faire des films, t’as juste besoin d’un truc qui filme. J’ai été assez soulagée quand on a dit “It’s a wrap” mais on n’était pas encore au bout du chemin.

Finalement entre le scénario et le résultat final il ne reste plus que le stricte minimum. Déjà parce que sur le tournage on s’est laissé porté par l’énergie du moment et on était assez confiant·e·s d’avoir suffisamment de plans intéressants même si on a laissé tomber près de la moitié des scènes. Idem au montage, certaines séquences filmées ont sauté parce que plus qu’une histoire qui va d’un point à un autre en passant par telle ou telle étape, c’est une ambiance générale et une montée qu’on a voulu construire. Mais comme je le disais, l’essentiel est toujours là. Comme il s’agit d’une coréalisation entre Damien et moi, on a voulu se coller tous les deux au montage (au même titre qu’on se passait la caméra sur le tournage). C’est, je crois, une chose peu orthodoxe à faire dans la discipline, surtout sur une vidéo si courte, mais je pense qu’on a réussi à y insuffler le meilleur de chacun·e. On s’est chacun·e chargé·e d’une partie et l’autre venait y faire des ajustements, proposer des idées, etc. Comme forcément, il a une autre connaissance que moi du morceau, son apport sur la rythmique du montage a aussi été considérable. Et puis il a dealé avec mes phases de doutes et de stresse et ça aussi, c’est considérable.

Une fois accordé·e·s sur le montage final (et m’être arraché les cheveux sur un étalonnage approximatif car c’est clairement pas mon métier), j’étais contente mais pas entièrement satisfaite et impossible de trouver pourquoi. On prépare l’upload avec la vidéo telle quelle, de toute façon à un moment il faut lâcher l’affaire, accepter que sur une réalisation quelle qu’elle soit on a toujours l’impression que c’est pas fini et qu’on pourrait sans doute faire mieux et de toute façon la deadline approche. Jusqu’à me réveiller à 5h du mat à quelques jours de la sortie… Il faut tout passer au format 4:3 (c’est le format d’image que j’ai toujours préféré faire avec une petite Hi8 qu’on m’a longtemps prêté). Ca a plus de sens avec la façon dont on veut raconter cette histoire – d’ailleurs c’est frappant au moment de recadrer les images que c’est comme ça qu’on avait filmé (inconsciemment) et que rien d’intéressant ne se passait sur les bords. Alors ça dégage, on resserre tout et on se retrouve enfin à la bonne distance de nos personnages. On est avec eux. Damien est du même avis. C’est bon, cette fois, on lâche l’affaire.

Voici le résultat :

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Fille de Choix #15

Souria cheurfi: des mots et des actes

Souria est rédactrice en chef chez VICE Belgium et créatrice de la plateforme Psst Mlle, qui organise des workshops et des événements pour promouvoir et accompagner les artistes se définissant comme féminines. Elle se bat aussi pour une meilleure représentation (représentation tout court?) des personnes racisées dans le monde de la musique. Le travail de Souria est tellement important et inspirant que je n’ai pas envie de prendre trop de place avec mes mots, je préfère vous conseiller de lire les siens en écoutant son excellente sélection.

La playlist de Souria
Son texte:

Psst Mlle est un projet qui réunit quelques-uns de mes plus grands amours : la fête, les rencontres et échanges, le féminisme et la musique. Je parle d’amour, mais je pense que comme beaucoup de femmes, si je me suis tournée vers le féminisme, c’était par nécessité et non par intérêt ou curiosité. Parce que j’avais besoin de comprendre les inégalités, injustices et violences dont j’ai été témoin ou « victime » – je hais ce mot, mais soit.


Le patriarcat contamine absolument tous les aspects de nos vies et rares sont les journées qui s’écoulent sans qu’une parole, un geste ou une vision ne me le rappelle. L’industrie musicale est loin d’être une exception, bien au contraire. Je ne vais pas commencer à déballer des stat’ que vous ne retiendrez pas. Je préfère les mots aux chiffres. Donc je profite de cet espace pour m’adresser à toutes les personnes, et plus particulièrement aux hommes, qui composent cette industrie : vos lineups sont trop masculins, blancs et hétéros ; vos équipes sont trop masculines, blanches et hétéros ; idem pour vos espaces, votre public et vos mentalités. Si vous êtes conscients du problème mais ne faites rien pour le contrer de manière active, vous faites partie du problème.

Souria Cheurfi
ARTISTES dans la playlist

with Zoë McPherson, Afia, Laryssa Kim, FKA twigs, Tirzah, Dua Saleh, Ivy Sole, Sudan Archives, Snoh Aalegra, Yseult, Iliona, Bonnie Banane, REINEL BAKOLE, Greentea Peng, Ana Diaz, Martha Da’ro, Lala &ce, Beatrice Dillon, Aya Metwalli, Meryem Aboulouafa, Fatima Al Qadiri, Deena Abdelwahed, Sara Dziri, Maoupa Mazzocchetti, MC Yallah, MONOMONO, Fleur, Naomie Klaus, Céline Gillain, Hanah, Azo

photo: iliass

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Fille de Choix #14

Gwen PItseys: goûteZ Ses disques !

Dix années de critique musicale et, pour reprendre les mots de Gwen, “environ 25 ans à rôder dans les salles bruxelloises et les festivals en Belgique et à l’étranger.” Une sélection qui vous bottera assurément le cul en ce début d’année laborieux et aussi un texte à lire absolument juste ici. Vive les enculé.e.s !

la playlist 100% féminine de Gwen
Le texte:

Cela m’a pris pas mal de temps avant de comprendre que quelque chose n’allait pas et que ma propre résignation ne risquait pas de faire évoluer les choses. 

À mes débuts, les initiales qui bouclaient mes textes occultaient mon genre et, dans une certaine mesure, faisaient office de protection. Il m’est donc déjà arrivé d’être traitée « d’enculé » sans qu’il ne soit venu à l’esprit de mon interlocuteur qu’il s’adressait en réalité à une « enculée ». 

Lorsque j’ai frappé à la porte de Goûte Mes Disques il y a une bonne dizaine d’années, je ne me suis même pas donné la peine de compter le nombre de collaboratrices dans l’équipe. Cela me paraissait normal que le terrain soit en grande majorité occupé par des hommes et j’acceptais cet état de fait, surtout s’agissant d’aborder des genres musicaux chargés en testostérone.

C’était d’ailleurs normal de compter sur ses dix doigts le nombre de filles présentes à un concert plus bruyant que la moyenne. C’était normal de se coller le long des murs dès que le mosh pit commençait à rouler des pectoraux. C’était normal d’opiner en silence pendant qu’un expert en carton se répandait sur l’œuvre d’un groupe déjà bien connu. Pourquoi l’interrompre alors que l’affaire n’avait jamais été envisagée comme un dialogue ? Et puis c’était normal de s’éloigner pour fuir la main anonyme qui venait d’agripper ton cul dans la foule, cette main sans remords qui t’a contrainte à abandonner la seule place où tu apercevais enfin un bout de scène.


On a tendance (et à raison) à d’abord rendre hommage aux premières de cordée, celles qui ont défriché le terrain à coups de machette en épongeant au mieux, les roulements d’yeux, au pire, les insultes. Aujourd’hui, j’ai envie de saluer toutes ces jeunes femmes que je croise de plus en plus souvent dans les salles. Elles ont dix, quinze, vingt ans de moins que moi et n’hésitent pas une seconde à jouer des coudes, au propre comme au figuré. Elles ne s’excusent de rien, s’infiltrent dans les brèches et m’obligent à les rejoindre au milieu de la fosse, quitte à considérer un remplacement de hanche. Je suis impatiente que les mêmes convertissent leur enthousiasme sur papier, qu’elles aient pleinement confiance en la justesse de leurs opinions et partagent sans filtre les pépites qui viendront enrichir nos playlists. Elles me donnent toutes les raisons d’être optimiste.

Luik Stories me fait l’honneur d’ouvrir cette année nouvelle (et d’enterrer la précédente) avec une quarantaine de titres qui tente tant bien que mal de réconcilier les vieilles marmites et la cueillette du jour, le punk à maman, le folk de feu de bois et la techno qui éprouve les cervicales. Je n’ai pas trop l’habitude faire le tri. Le seul point commun entre toutes ces artistes, c’est qu’elles m’accompagnent au quotidien, depuis des années ou depuis quelques heures. Et il en manque tellement…

(J’en profite aussi pour glisser un remerciement à tous les amis/membres du « Royal Penis Club » de Goûte Mes Disques qui ne se sont jamais dérobés à aucune discussion, aussi abrupte soit-elle. Et puis, bien sûr, à Camille N. qui nous a enfin permis d’écrire « rédactrices » au pluriel depuis moins d’un an.)

Gwenn Pitseys
ARTISTES

X Ray Spex / Plasmatics / Amyl and The Sniffers / Cocaine Piss おとぼけビ~バ~ - Otoboke Beaver / Whale / The Distillers / Le Butcherettes / The Mysterines / WITCH FEVER / Billy Nomates / Sloppy Jane / Sleater-Kinney / Sinead O Brien / Fiona Apple / The Beths / St. Vincent / Lido Pimienta / SEVDALIZA / illuminati hotties / Shannon Lay / Anna von Hausswolff Eartheater / Stella Donnelly / Brittany Howard / Pharmakon / LAFAWNDAH / Gazelle Twin / 070 Shake / Sylvie Kreusch / Okay Kaya / Noga Erez / CHAI / The Slits / Karen O/ Sneaks / Phenomenal Handclap Band / Róisín Murphy / Yelle / Charlotte Gainsbourg / Soulwax / The Black Madonna / EMMANUELLE / Sama’ Abdulhadi / Helena Hauff

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Fille de Choix #13

Yveline RUAUD: LABEL MANAGER de la 75e session

La 75, c’est un collectif artistique parisien puissant et volontairement très discret. Sur leur label, des noms comme Sheldon, Népal, Di-meh, Sopico, Georgio… la plupart de la nouvelle scène rap y est passée de près ou de loin. Yveline Ruaud dirige ce label et nous fait l’honneur d’être notre Fille de Choix du mois de décembre. Une playlist qui s’enchaîne parfaitement avec celle sélectionnée par Lola Levent le mois passé… et toujours la force et la puissance des femmes.

webdocu sur la 75 réalisés par Yveline pour radio nova
La playlist D’YVELINE ici, son texte ici

Les playlists, j’ai grandis avec. Adolescente, je passais des heures à copier des morceaux sur des cassettes que mes amies et moi faisions circuler jusqu’à ce que les titres écris au stylo bille en deviennent illisibles. J’adorais en faire, j’adorais en recevoir et, sans que cela soit un choix conscient, les femmes y ont toujours été très présentes. Avant même de pouvoir mettre des mots sur ce sentiment, leur présence était à la fois naturelle et essentielle. Leurs paroles me portaient et me confortaient à chaque instant de ma vie. Alors pour cette playlist, la plus grande difficulté a été de choisir parmi elles.
Des femmes dans la musique, il y en a depuis toujours. Elles sont de plus en plus présentes et de plus en plus visibles, mais font toujours face à des représentations sexistes qui veulent contraindre leur forme d’expression et leur liberté de création. Dans cette playlist j’ai donc naturellement choisis des formes très différentes qui portent chacune une vision, un propos, un cri.

Pour terminer, un petit pas de côté avec un poème de Chika, « Bloom » (https://soundcloud.com/chikaoranika/bloom).

Yveline Ruaud
ARTISTES

Lala &ce, Chynna, Princess Nokia, Zinée, Lava la Rue, Audrey, Portishead, Lex Amor., Liz Phair, Patti Smith, Les Filles de Illighadad, Oumou Sangare, Greentea Peng, Nneka, Simi, OSHUN, Rosalía, MIA, ABRA, Elyanna, 070 Shake, Garbage, Sali, Tinashe, Haviah Mighty, RIMON, PONGO, Lous and the yakuza, CHIKA, Poupie, Arlo Parks, Jenevieve, H.E.R, Aya Nakamura, Meryl, NAO, Mahalia Music, Santigold, Rosa Ree, Yasmine Hamdan, Ami Yerewolo, Nidia, Kelly Lee Owens, Oklou, Ann O’aro, Alice Coltrane Turiyasangitananda, IAMDDB, ANOHNI, Nina Simone

taken by Fiona Forte

Tous les mois, une nouvelle curatrice nous sélectionne une playlist où les artistes féminines sont majoritaires. Pour qu’elles existent, pour qu’on les découvre, pour se battre contre le sexisme.

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Fille de Choix #12

Lola Levent: d.i.v.a. et guERRIèRE

Pour ce mois de novembre, on vous propose du très lourd et un gros CV difficile à résumer en quelques lignes. Lola Levent est poétesse, écrivaine, manageuse… et derrière un incontournable et précieux compte instagram: d.i.v.a.infos. Diva est un réservoir de ressources et d’informations sur le sexisme dans le monde de la musique. Lola fait aussi partie de change de disque, qui lutte pour l’adoption de mesures législatives concrètes contre les discriminations et violences sexistes (on vous encourage à lire le manifeste). Aussi, son compte instagram beauxraps analyse les liens entre l’art contemporain et le rap et c’est incroyablement intéressant.

Le féminisme, cela s’écoute, cela se lit, cela s’apprend. Ce sont des chiffres, des études, des analyses, des personnes qui ont creusé le sujet et qui nous informent avec justesse. Merci Lola, on t’écoute.

la playlist de lola levent

J’ai imaginé une playlist pour faire découvrir les artistes francophones qui font la musique d’aujourd’hui : les femmes-pluie, les femmes-clowns, les femmes-soie, les femmes-machines, les femmes-piano, les femmes-avions, les femmes-slime… — sans elles le jeu n’en vaut pas la chandelle.

Lola Levent
ARTISTES

Musique Chienne, Moyen-Âge, Regina Demina, OH MU, Mathilde Fernandez, Fishbach, Mansfield.TYA, Maud Geffray, Safia Clubmed-Schwartz, EYLIA, Mauvais Oeil, Camélia Jordana, Felixita, Jäde, Sabrina Bellaouel, DEVA muse, Angie, Zinée, TAUBA, Pearly, Sali, BabySolo33, Oklou, Prudence, JTM kevin, Chloé Mailly, Lafleyne, Joanna, Yseult

Piqûre de rappel sur le concept ‘Fille De Choix’:

Tous les mois, une nouvelle curatrice nous sélectionne une playlist où les artistes féminines sont majoritaires. Pour qu’elles existent, pour qu’on les découvre, pour se battre contre le sexisme.

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