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Naar Suyu

An exclusive mix for The Word Radio by Maureen (@mrnvdb)

Lance le mix pendant que tu lis:

Si tu veux savoir, y’a une private joke où depuis une paire d’années je dis « ouais j’sors bientôt ma première mixtape NAAR SUYU »… Hé comme quoi, tout finit par arriver.

Le nom de la mixtape signifie « Jus de Grenade » (nar suyu) mais avec 2 A, en hommage au projet NAAR que je trouve incroyable, je t’en parle plus après, car l’envie en substance est la même à mon tout petit niveau : créer des ponts.

Je vais essayer de ne pas t’écrire un bouquin, parce que je ne suis pas spécialiste, mais par contre, bah c’est comme quand la musique démarre, je suis vite emportée. C’est impossible de t’expliquer pourquoi ça me touche tant et que ça me met en transe dès les premières notes. Les tonalités peut-être, les instruments (gros cœur sur le oud !) … Et puis la langue. D’ailleurs j’ai commencé à apprendre l’arabe pour comprendre un peu ce que ça raconte et limiter tant que possible le yaourt quand je chante avec, même s’il n’y a que mon chat pour l’entendre.

J’ai l’impression qu’il y’a 10-15 ans, si tu n’avais pas un réel intérêt pour la musique arabe, ce qui arrivait à tes oreilles ce n’était pas forcement les meilleurs crus du raï et puis quelques classiques comme Fairuz ou un peu plus récemment Rachid Taha, certains morceaux de Dalida aussi. Mais c’est tellement plus vaste ! Surtout ce qui se fait en ce moment, c’est une folie. Peut-être que ça s’explique du fait que n’obtient pas qui veut un visa pour passer les frontières de Schengen et venir jouer en Europe (même si j’ai pu assister à de très beaux concerts).

D’ailleurs c’est probablement par les voyages que ça a commencé à me rentrer dans l’oreille. J’ai passé pas mal de temps au Caire, dans la région d’Agadir et à Tunis surtout. Je vivais chez des potes qui viennent de là et y habitent toujours pour la plupart. On sortait dans les clubs et les cafés-concerts, puis surtout on s’est tapé des heures et des heures de bagnole. Ici quand tu décides d’aller à la mer, c’est une expédition, tu prévois ça des jours à l’avance alors que c’est pas si loin. En Tunisie on se lève le matin, on se dit qu’on irait bien se baigner et on roule trois heures pour arriver à la plage, y rester une bonne heure puis on refait le chemin dans l’autre sens. Bref, ça laisse tout le temps du monde pour se faire écouter de la musique. 

Y’a eu des films aussi comme « Only Lovers Left Alive » de Jim Jarmusch qui a une bande son incroyable. On y voit d’ailleurs Yasmine Hamdan donner un concert où elle chante le titre Hal [track 9]. Même si je peux avoir une recherche plus active, je pense que ça s’est beaucoup passé au petit bonheur la chance. Comme lors de mes pérégrinations sur Soundcloud… en réécoutant le projet Love & Revenge [track 16] de Rayess Bek et La Mirza – lui remix des classiques de la musique arabe pendant qu’elle fait du VJing avec des extraits de films issus de l’âge d’Or du cinéma Egyptien, une folie !  – après être allée les voir en live sur les bons conseils d’un ami, je passe le reco en reco et c’est comme ça que je suis tombée sur Hello Psychaleppo [track 7]. Boom, explosion de cerveau. Bref à un moment les différents algorithmes font leur taf.

Mais c’est aussi le cas IRL, quand je vais chez Balades Sonores, ils ont un bac qui s’appelle « de Tanger à Beyrouth », souvent je me laisse guider par le design de la pochette et puis j’ai de belles surprises comme avec Alif [track 22] et l’album « Aynama-Rtama ». Et bien sûr, il y a des artistes comme Acid Arab [track21] qui ont clairement joué un rôle, ou bien même ici à Bruxelles, Gan Gah qui fait des trucs de fou. Je me souviens avoir saigné un mix qu’il avait fait il y’a 4 ans pour LowUp Radio.

Et un jour je tombe sur le morceau Money Call [track 20] qui annonce le projet NAAR… Le son me met une grosse claque et à la réal du formidable clip qui l’accompagne, on retrouve le nom de Ilyes Griyeb. Il avait co-signé un an plutôt un article qui avait retenu mon attention, intitulé « Et si on laissait enfin les artistes arabes raconter eux-mêmes leur(s) histoire(s) ? » dans lequel il dénonce le plagiat et l’utilisation par des artistes occidentaux de tous bords de l’esthétique arabe sans jamais promouvoir les talents créatifs de ces pays. Cette tribune a donné naissance à une idée, qui est devenue un collectif puis une plateforme pour enfin aboutir sur l’un des albums que j’ai dû le plus écouter en 2019 : Safar (voyage en français). Un projet ultra ambitieux qui regroupe 11 artistes marocains et 19 artistes européens et nord-américains tout en gardant sa cohérence du premier au seizième titre. Une matérialisation concentrée du talent et du savoir-faire de la scène maghrébine pour enfin partir à la conquête du monde entier. (Making of l’album)

Je me suis un peu étendue sur le sujet mais ça en vaut vraiment la peine. Franchement c’est propre ! La trap est internationale, le darija (dialecte marocain) est local et ça tabasse. Pour voir à quel point les gars sont prêts – sans déconner, ça fait des années qu’ils cherchent les meilleures façons de faire sonner les mots, à taffer leur flow, la technique… – et à quel point ils en veulent, je vous conseille le docu Wa Drari qui retrace le parcours de Shayfeen (duo très actif dans le collectif NAAR)

Je vais clôturer sur deux autres reco de docu en lien avec la musique arabe :

Pendant le confinement j’ai enfin regardé El Gusto de Safinez Bousbia. Ça parle de la musique chaâbi, une musique populaire inventée au milieu des années 20 au cœur de la Casbah d’Alger et qui « fait oublier la misère, la faim, la soif » tout en rassemblant juifs et musulmans pendant des années au sein du même orchestre jusqu’à la guerre et ses bouleversements. Je spoile pas plus mais ça m’a mis la larme.

D’Alger on part pour Le Caire et on passe du Chaâbi à l’électro Chaâbi avec le docu du même nom réalisé par Hind Meddeb. Victime de la corruption et de la ségrégation sociale, la jeunesse des quartiers populaires exorcise en faisant la fête. L’idée : fusionner les sons et les styles de manière chaotique. Un seul mot d’ordre : foutre le bordel ! Donc forcément, j’aime bien.

Bon je vais m’arrêter ici mais comme je disais au début, je suis loin de tout connaître et on n’a jamais fini d’en faire le tour alors si vous avez des suggestions, faites pleuvoir dans les DM. Bonne écoute.

Ah oui et voilà la tracklist:

  1. Rim Banna – my songs will sound from the squares (ft. Checkpoint 303 & Bugge Wesseltoft)
  2. Band فئران تجارب – ملفات 
  3. Carl Gari & Abdullah Miniawy – Darraje
  4. Mauvais oeil – Afrita
  5. Majed Alesa – Lehe
  6. Deena Abdelwahed – Tawa
  7. Hello Psychaleppo – Tarab Dub
  8. Ammar 808 – Ain Essouda (ft. Cheb Hassen Tej)
  9. Yasmine Hamdan – Hal
  10. Bachar Mar Khalifé – El Hilwatu (Sama’ Remix)
  11. Ibrahim Maalouf – Elephant’s Tooth
  12. Yussef Kamaal – Strings of Light
  13. Jerusalem in my Heart – A Granular Buzuk
  14. Oiseaux-Tempête – Bab Sharqi
  15. The Gaslamp Killer – Nissim (ft. Amir Yaghmai)
  16. Love & Revenge – Batwaness Bik
  17. A-Wa – Habib Galbi
  18. El 3ou – Koullech
  19. Felix Snow & El Rass – Ali
  20. NAAR (Shobee, Laylow & Madd) – Money Call
  21. Acid Arab – La Hafla (ft. Sofiane Saidi)
  22. Alif – Dars min Kama Sutra
  23. Mashrou’Leila – Maghawir
  24. Taxi Kebab – Lmchi w Rjou3
  25. SoapKill – Tango
  26. EMEL – Kaddesh (Ash Koosha Rework)
  27. Sevdaliza – Gole Bi Goldoom
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We Were Lucky. Luikster with Chance.

Ce jeudi, l’invité de notre mensuelle Luikster à The Word Radio, c’était Antoine Chance, un artiste bruxellois qui écrit des chansons en français (mais pas que) et un garçon très rigolo dans la vraie vie.

Chez Luik, on a rencontré Antoine Chance via Nicolas (du groupe Wuman, dont on te reparlera bientôt) et depuis lors on essaye de se croiser régulièrement parce qu’on aime bien rigoler et avec lui on rigole beaucoup. Et puis on aime bien parler de chansons aussi. Tu verras avec cette playlist qu’on s’est fait plaisir en diffusant pendant presque deux heures de la « Triste Pop », presque exclusivement.

Ce moment de musique à la radio du Word étant en direct, on n’a pas vraiment d’autre choix que d’écouter vraiment les morceaux proposés par les invités (ou par nous-même quand on est entre nous, ça arrive), et donc on essaye toujours de se faire découvrir des trucs. Et j’avoue, c’est souvent JB qui me fait découvrir les trucs nouveaux, et moi qui lui fait découvrir les vieux machins.

Tu découvriras peut-être aussi des nouvelles musiques avec cette playlist (en tous cas on espère) et pour ma part, Antoine m’a fait découvrir Tōth, Rodrigo Amarante et Adult Jazz, que je ne connaissais pas du tout et qui sont plus cool. Des morceaux encore et toujours dans la tristesse, parce que finalement être triste parfois c’est ça qui nous rend heureux le reste du temps?

Du côté d’Antoine, il m’a dit avoir adoré Juan Wauters, Exsonvaldes et tout l’univers de Nick Diamonds (Islands, The Unicorns, Human Highway…), je ne serai donc pas étonné s’il se réfugie au Canada ou en Uruguay pour composer ses prochaines chansons.

Dernière petite note, j’ai voulu commencer l’émission avec une blague de goût — tu me connais — et c’est Wilco qui ouvre les hostilités avec “We Were Lucky“. Tu auras compris la blague, nous étions avec Chance. Par contre, je n’ai pas pu aller au bout de la blague, je voulais terminer la session avec un Britney Spears, qui elle aussi a une chanson qui s’appelle “Lucky“, mais ce morceau en particulier est assez mauvais (selon moi — alors qu’il y a plein d’autres moments délicieux dans la carrière de Britney mais ils ne s’appellent pas Lucky). Il y a eu aussi un petit morceau inédit de Annabel Lee, See You Naked, qui sortira ce vendredi 21 février. Si tu as écouté l’émission, tu sais.

Le lien de la playlist c’est ici.