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Migration, Europe, Guilt: la création de ‘Missed Shots (مشاعر فوضوية)’ avec Morgan Liesenhoff, réalisatrice.

Vous l’avez loupé, un des clips les plus ambitieux que Luik a sorti cette année? Toute première vidéo du tout premier single du tout nouveau projet de François Custers ‘Guilt‘, ‘Missed Shots (مشاعر فوضوية)’ donne un espace aux personnes immigrées. Morgan Liesenhoff, réalisatrice du clip, raconte l’aventure humaine vécue tout au long du processus de création de ‘Missed Shots’.

Bon je ne vais pas vous mentir, faire ce clip n’était pas une mince affaire.

Tout d’abord parce ce que c’était mon premier clip (je viens plutôt du documentaire) et puis parce que je devais le co-réaliser avec François, aka Guilt, qui se trouve être en fait mon partenaire de vie. Chacun avait à cœur sa mission: rester fidèle aux paroles pour François et rester attentive à la narration qui se dessine à travers les images choisies pour ma part. Finalement, même si on peut tous les deux être assez têtus, on a réussi à s’écouter mutuellement et à produire un résultat qui nous plaît encore plus que si on l’avait fait seuls. 

Je pense que le deuxième challenge, peut-être le plus important, était d’arriver à parler migration et difficulté d’intégration alors que ni François ni moi n’avons vécu ça. On s’est donc dit qu’il fallait impérativement collaborer avec les premiers.es concerné.es.

Nous avons d’abord fait un appel au partage d’images via plusieurs associations et plateformes de soutien aux réfugiés, notamment en Belgique et en Turquie. Notre première volonté était de monter un clip seulement à partir d’images tournées au smartphone par des personnes réfugiées lors de leurs voyage jusqu’en Europe ou d’images de leur quotidien aujourd’hui. 

Malheureusement cette idée s’est avérée un peu naïve car les smartphones sont souvent volés, confisqués ou cassés lors du voyage. Les rares images que l’on retrouve finalement dans le clip sont celles envoyées par Marie Tihon, une talentueuse photographe belge qui couvre, entre autre, les vagues migratoires depuis la Turquie (et dont je vous conseille fortement de découvrir le travail), et par Josoor, une association qui aide les migrants.

Au final, on a changé d’idée en décidant cette fois de mettre en relation des récits de réfugié.es, coincé.es aux portes de l’Europe ou vivant sur le sol européen avec ces plans des bâtiments et statues iconiques du quartier européen à Bruxelles. Par ce contraste, on souhaitait faire naître la réflexion autour du paradoxe de la symbolique portée par ces institutions, le rapport aux valeurs morales, démocratiques et humanitaires qui font la fierté de l’Europe et celles et ceux qui ne demandent qu’à avoir ces valeurs appliquées à eux.elles également. Il était important pour nous de jouer sur la symbolique, la métaphore, en concentrant le regard sur ces personnes dans leur humanité.

En plein confinement Covid, c’était évidemment impossible de nous déplacer en dehors de la Belgique et on a donc pris contact avec notre ami Dimitri Petrovic. Il nous a laissé utiliser des images de son documentaire The Way Back. Dans le film, on suit Hussein, un musicien qui part faire le voyage vers l’Europe qu’il a entrepris cinq ans plus tôt mais à contre sens. Il y emmène avec lui sa femme enceinte qu’il a rencontré en Belgique, pour qu’elle comprenne ce qu’il a traversé. Un très beau documentaire qui nous avait énormément touché.

Pour les images tournées en Belgique et en plein confinement (chut !), on a pu compter sur l’aide de Karam, qui a coécrit la chanson avec François. Né de parents palestiniens réfugiés en Syrie il a dû fuir son pays d’asile pour la Belgique après avoir critiqué le gouvernement de Bachar Al-Assad et rejoint la révolution syrienne. Aujourd’hui il travaille en tant que traducteur interprète pour Médecins Sans Frontières notamment.

Il nous a présenté à des amis réfugiés rencontrés à son arrivée en 2014. Ces rencontres ont été plus fortes les unes que les autres. Toutes leurs histoires étaient uniques et pourtant tous ont vécu l’injustice, le déracinement et bien souvent le rejet de l’Europe. Aujourd’hui ils se reconstruisent loin de leurs familles, de leurs amis. On retrouve en chacun d’eux une force de vivre et de se battre comme rarement on la croise.

C’est celle-ci qu’on a voulu mettre en avant dans le clip de Missed Shots. À travers des moments de vie simples, des regards assurés, parfois durs et confrontant, parfois empreints de douceur. Le clip ne veut pas imposer une histoire mais laisser libre champ à l’interprétation, approcher ces récits et visages pour ce qu’ils sont plutôt que pour ce qu’on en pense. Et laisser, en fermeture, l’appel de Karam Alhindi se déployer dans toute sa force, au travers d’une séquence où il se réapproprie la parole et la caméra.

Morgan Liesenhoff
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