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Fille de Choix #16

Myriam Eddaïra: l’expérience du son

Myriam Eddaïra a commencé à travailler en tant qu’assistante puis ingénieure du son dans les studios parisiens en 1995. Sa carrière a d’abord été marquée par des collaborations avec de gros projets artistiques, mais lorsqu’elle a lancé son studio d’Ikken en 2000, elle a fait le choix d’accompagner uniquement des artistes émergent·e·s. Elle enregistre, conseille et accompagne, elle est aussi formatrice, notamment pour la prestigieuse formation d’Issoudun. Cette année, elle a lancé sa chaîne Twitch où elle partage ses connaissances approfondies sur le monde de la musique. Merci Myriam, nous sommes très fier·e·s de te compter parmi nos ami·e·s!

Si vous voulez entendre la voix de Myriam, JB a enregistré avec elle la dernière émission Luik Stories sur la webradio Rstlss

LA PLAYLIST DE MYRIAM, SON TEXTE ⇩

Commencer à travailler dans la musique à la fin du XXe siècle, c’est un rêve de liberté : enregistrer des disques, vivre en écoutant de la musique jour après jour, essayer de mettre un morceau d’âme dans chaque séance.

Travailler dans la musique en tant que femme, c’est le plus souvent être contrainte aux tâches administratives en dehors des carrières de musiciennes fortement genrées (chanteuse, pianiste, flûtiste, violoniste ou harpiste) Mais pas ou si peu ingénieure du son, guitariste, batteuse, bassiste, réalisatrice.

Travailler dans la musique en tant que femme, c’est devoir quotidiennement faire la preuve de ses compétences, inlassablement, jusqu’à l’absurde. 

Travailler dans la musique en tant que femme, c’est être régulièrement infantilisée, perçue comme une ravissante idiote, voire un objet de sexualisation plutôt qu’une collègue exerçant à armes égales.

Travailler dans la musique en tant que femme, c’est devoir se construire une armure et des convictions profondément ancrées pour faire face aux injustices.


Travailler dans la musique en tant que femme, ce n’est pas rose tous les jours, mais c’est avant tout la satisfaction de ne pas laisser passer l’occasion d’enchanter le quotidien. 


Travailler dans la musique entant que femme, au XXIe siècle, c’est le rêve de liberté exaucé et continuer de poursuivre d’autres rêves, plus haut, plus fort.

Myriam Eddaïra

with Ibeyi, Arlo Parks, June Milo, Pelikeon, Awa Ly, Marianne Faithfull, Clams Casino, Imogen Heap, Anna Calvi, Yoko Ono, Alanis Morissette, Sarah Olivier, Kim Gordon, ANNE PACEO, Leïla Martial, Mirjam Skal, Sophie Hunger, Uèle Lamore, Romane Santarelli, An Eagle in your Mind, Luna Silva Music, Annie Lennox, MISIA, Illustre, Luciole, Barbara, DUO Amazone, Mariama, Melanie De Biasio, Flèche Love, Norah Jones, Anoushka Shankar, Laurie Anderson, SCARLET, Findlay, Merryn Jeann, Cat Power, Kate Bush, Patti Smith, Claire Denamur, Suzanne Vega, Ani DiFranco, Nina Simone

Tous les mois, une nouvelle curatrice sélectionne une playlist où les artistes féminines sont majoritaires/dominent. Pour qu’elles existent, pour qu’on les découvre, pour se battre contre le sexisme et l’invisibilisation des femmes dans la musique.

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Fille de Choix #13

Yveline RUAUD: LABEL MANAGER de la 75e session

La 75, c’est un collectif artistique parisien puissant et volontairement très discret. Sur leur label, des noms comme Sheldon, Népal, Di-meh, Sopico, Georgio… la plupart de la nouvelle scène rap y est passée de près ou de loin. Yveline Ruaud dirige ce label et nous fait l’honneur d’être notre Fille de Choix du mois de décembre. Une playlist qui s’enchaîne parfaitement avec celle sélectionnée par Lola Levent le mois passé… et toujours la force et la puissance des femmes.

webdocu sur la 75 réalisés par Yveline pour radio nova
La playlist D’YVELINE ici, son texte ici

Les playlists, j’ai grandis avec. Adolescente, je passais des heures à copier des morceaux sur des cassettes que mes amies et moi faisions circuler jusqu’à ce que les titres écris au stylo bille en deviennent illisibles. J’adorais en faire, j’adorais en recevoir et, sans que cela soit un choix conscient, les femmes y ont toujours été très présentes. Avant même de pouvoir mettre des mots sur ce sentiment, leur présence était à la fois naturelle et essentielle. Leurs paroles me portaient et me confortaient à chaque instant de ma vie. Alors pour cette playlist, la plus grande difficulté a été de choisir parmi elles.
Des femmes dans la musique, il y en a depuis toujours. Elles sont de plus en plus présentes et de plus en plus visibles, mais font toujours face à des représentations sexistes qui veulent contraindre leur forme d’expression et leur liberté de création. Dans cette playlist j’ai donc naturellement choisis des formes très différentes qui portent chacune une vision, un propos, un cri.

Pour terminer, un petit pas de côté avec un poème de Chika, « Bloom » (https://soundcloud.com/chikaoranika/bloom).

Yveline Ruaud
ARTISTES

Lala &ce, Chynna, Princess Nokia, Zinée, Lava la Rue, Audrey, Portishead, Lex Amor., Liz Phair, Patti Smith, Les Filles de Illighadad, Oumou Sangare, Greentea Peng, Nneka, Simi, OSHUN, Rosalía, MIA, ABRA, Elyanna, 070 Shake, Garbage, Sali, Tinashe, Haviah Mighty, RIMON, PONGO, Lous and the yakuza, CHIKA, Poupie, Arlo Parks, Jenevieve, H.E.R, Aya Nakamura, Meryl, NAO, Mahalia Music, Santigold, Rosa Ree, Yasmine Hamdan, Ami Yerewolo, Nidia, Kelly Lee Owens, Oklou, Ann O’aro, Alice Coltrane Turiyasangitananda, IAMDDB, ANOHNI, Nina Simone

taken by Fiona Forte

Tous les mois, une nouvelle curatrice nous sélectionne une playlist où les artistes féminines sont majoritaires. Pour qu’elles existent, pour qu’on les découvre, pour se battre contre le sexisme.

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Fille De Choix #11

Elisabeth debourse: mordre dans le Sexisme

Prenez une plume infatiguable, une curiosité sans bornes, un travail acharné, vous obtiendrez l’un des esprits les plus vifs de notre petit pays. Journaliste musicale d’abord, Elisabeth Debourse est aujourd’hui devenue l’incontournable si l’on veut parler société, manger et aussi féminisme. Du podcast Salade Tout (saison #1 co-réalisée avec Axelle Minne) à sa newsletter hebdomadaire Mordant, il y a encore bien plus que ces deux excellentes raisons de suivre son travail.

Luik est très fier de vous transmettre sa playlist 100% féminine et le texte qui l’accompagne:

LA PLAYLIST ICI, Le texte lÀ ↓

Elles s’appellent Taiwo et Kehinde Lijadu, les Lijadu Sisters. Le duo funk opère entre les années 60 et 80 à l’avant de la scène nigériane, à quelques encablures génétiques et musicale de Fela Kuti, leur cousin éloigné. Elles sont un écho d’Idaban, la troisième plus grande ville du pays, leur timbre de jumelles se superposant à la perfection. En novembre dernier, Kehinde est décédée d’un cancer, rompant le lien de vie, mais aussi politique qui les unissait. « La musique nous a appris à tendre la main et à tenter de changer les choses, socialement, moralement, financièrement, spirituellement et politiquement. Nous chantions ces morceaux parce qu’ils [les politiques] n’écoutaient pas. Nous avions besoin d’écoles, nous avions besoin de routes, nous avions besoin d’eau potable », évoquaient-elles en 2014 à Harlem au micro de la journaliste et DJ Kate Hutchinson. Pour faire entendre leur voix et celles de leur pays, il leur a fallu prendre une place qu’on n’attendait pas d’elles, dans un milieu qui ne voulait pas d’elle. Malgré l’héritage et le cran que Taiwo et Kehinde Lijadu ont laissé dans les mémoires, le rappeur Nas n’a pas jugé utile de les créditer quand il a samplé « Life’s Gone Down Low » en 2006. 

Elles s’appellent Afshana Khan et Razia Sultan, et ce sont leur voix qui me prennent en otage chaque fois que j’écoute « Chala Vahi Des », le deuxième morceau de cette playlist — pas la guitare de Jonny Greenwood, tapie quelque part derrière les percussions et les vagues de l’harmonium. Il faut pourtant creuser la surface des crédits de l’album Junun pour trouver leur nom, quand celui du membre de Radiohead figure partout. Leur invisibilisation pourrait être rapidement balayée par des arguments de notoriété, d’investissement ou de paternité du projet, mais même avec ceux-ci, l’anecdote est un rappel crispant de la réalité musicale dans laquelle nous vivons : bien sûr que les femmes (f/x) sont là, bien sûr qu’elles chantent, qu’elles jouent. Mais pour faire la lumière sur elles et leurs talents, il faut écarter les hommes comme on le ferait dans une foule aux centaines de visages énormes et semblables.

Elle s’appelle Nubya Garcia et a le menton haut, quand elle traverse Londres ou joue de son saxophone. Un instrument avec lequel elle fait corps, elle fait bouche, quand quelques décennies plus tôt sa pratique aurait été jugée vulgaire pour une femme, trop connotée, sale, alors qu’elle en aurait sorti les mêmes longues et puissante litanies. Nubya Garcia joue libre, mieux, elle leade des batteurs, des pianistes, des trompettistes, collabore avec Moses Boyd, Theon Cross et Shabaka Hutchings d’égale à égal. Iel s’appelle Kae Tempest, a sorti trois albums, cinq recueils de poésie, trois pièces de théâtre et un roman. Elle s’appelle Colleen, Cécile Schott de son vrai nom, était professeure jusqu’en 2006 et compose aujourd’hui des boucles superbes à base de viole de gambe, épinette, clarinette, wind chimes, calimba, piano à pouce, accordéon ou encore harmonicon. Elle s’appelle Arlo Parks, une poétesse chantant si justement sa « super sad generation » qu’elle a ravi le cœur des critiques musicaux·les de la BBC dans le classement Sound of 2020, à seulement 20 ans. Elles s’appellent Mélissa Laveaux, Fatima, Charlotte Adigéry, Scarlett O’Hanna, Anika, Yazz Ahmed, Lianne La Havas et sont les artistes qui portent ma colère et mon espoir, celui qu’on ne dérobe plus aux musicien·nes femmes, trans, non-binaires, racisé·es leur chance de créer, de performer et d’être reconnu·e·s.

Elisabeth Debourse
ARTISTES

Colleen, Lidaju Sisters, Afshana Khan, Razia Sultan, Tshegue, Sampa The Great, Sophia Kennedy, Ivy Sole, Greentea Peng, Arlo Parks, Fatima, Apani B., Zara McFarlane, Nubya Garcia, Yazz Ahmed, Emma-Jean Thackray, Ashley Henry, The Blessed Madonna, Charlotte Adigéry, Sophie Hunger, Anika, Peter Kernel, Michelle Gurevich, Khruangbin, Mattiel, Hannah Williams & the Affirmations, Y La Bamba, mélissa laveaux, Girlpool, Haley Heynderickx, Scarlett O’Hanna, Lianne La Havas, Joy Wellboy, SoKo, Kae Tempest

photo: Maurine Toussaint
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Piqûre de rappel sur le concept ‘Fille De Choix’:

Tous les mois, une nouvelle curatrice nous concocte une playlist où les artistes féminines sont majoritaires. Pour qu’elles existent, pour qu’on les découvre, pour se battre contre le sexisme.