Categories
Fille de Choix Luikster

Fille de Choix #13

Yveline RUAUD: LABEL MANAGER de la 75e session

La 75, c’est un collectif artistique parisien puissant et volontairement très discret. Sur leur label, des noms comme Sheldon, Népal, Di-meh, Sopico, Georgio… la plupart de la nouvelle scène rap y est passée de près ou de loin. Yveline Ruaud dirige ce label et nous fait l’honneur d’être notre Fille de Choix du mois de décembre. Une playlist qui s’enchaîne parfaitement avec celle sélectionnée par Lola Levent le mois passé… et toujours la force et la puissance des femmes.

webdocu sur la 75 réalisés par Yveline pour radio nova
La playlist D’YVELINE ici, son texte ici

Les playlists, j’ai grandis avec. Adolescente, je passais des heures à copier des morceaux sur des cassettes que mes amies et moi faisions circuler jusqu’à ce que les titres écris au stylo bille en deviennent illisibles. J’adorais en faire, j’adorais en recevoir et, sans que cela soit un choix conscient, les femmes y ont toujours été très présentes. Avant même de pouvoir mettre des mots sur ce sentiment, leur présence était à la fois naturelle et essentielle. Leurs paroles me portaient et me confortaient à chaque instant de ma vie. Alors pour cette playlist, la plus grande difficulté a été de choisir parmi elles.
Des femmes dans la musique, il y en a depuis toujours. Elles sont de plus en plus présentes et de plus en plus visibles, mais font toujours face à des représentations sexistes qui veulent contraindre leur forme d’expression et leur liberté de création. Dans cette playlist j’ai donc naturellement choisis des formes très différentes qui portent chacune une vision, un propos, un cri.

Pour terminer, un petit pas de côté avec un poème de Chika, « Bloom » (https://soundcloud.com/chikaoranika/bloom).

Yveline Ruaud
taken by Fiona Forte

Tous les mois, une nouvelle curatrice nous sélectionne une playlist où les artistes féminines sont majoritaires. Pour qu’elles existent, pour qu’on les découvre, pour se battre contre le sexisme.

LES SÉLECTIONS PRÉCÉDENTES
NOTRE NEWSLETTER
Categories
Fille de Choix Luikster

Fille De Choix #11

Elisabeth debourse: mordre dans le Sexisme

Prenez une plume infatiguable, une curiosité sans bornes, un travail acharné, vous obtiendrez l’un des esprits les plus vifs de notre petit pays. Journaliste musicale d’abord, Elisabeth Debourse est aujourd’hui devenue l’incontournable si l’on veut parler société, manger et aussi féminisme. Du podcast Salade Tout (saison #1 co-réalisée avec Axelle Minne) à sa newsletter hebdomadaire Mordant, il y a encore bien plus que ces deux excellentes raisons de suivre son travail.

Luik est très fier de vous transmettre sa playlist 100% féminine et le texte qui l’accompagne:

LA PLAYLIST ICI, Le texte lÀ ↓

Elles s’appellent Taiwo et Kehinde Lijadu, les Lijadu Sisters. Le duo funk opère entre les années 60 et 80 à l’avant de la scène nigériane, à quelques encablures génétiques et musicale de Fela Kuti, leur cousin éloigné. Elles sont un écho d’Idaban, la troisième plus grande ville du pays, leur timbre de jumelles se superposant à la perfection. En novembre dernier, Kehinde est décédée d’un cancer, rompant le lien de vie, mais aussi politique qui les unissait. « La musique nous a appris à tendre la main et à tenter de changer les choses, socialement, moralement, financièrement, spirituellement et politiquement. Nous chantions ces morceaux parce qu’ils [les politiques] n’écoutaient pas. Nous avions besoin d’écoles, nous avions besoin de routes, nous avions besoin d’eau potable », évoquaient-elles en 2014 à Harlem au micro de la journaliste et DJ Kate Hutchinson. Pour faire entendre leur voix et celles de leur pays, il leur a fallu prendre une place qu’on n’attendait pas d’elles, dans un milieu qui ne voulait pas d’elle. Malgré l’héritage et le cran que Taiwo et Kehinde Lijadu ont laissé dans les mémoires, le rappeur Nas n’a pas jugé utile de les créditer quand il a samplé « Life’s Gone Down Low » en 2006. 

Elles s’appellent Afshana Khan et Razia Sultan, et ce sont leur voix qui me prennent en otage chaque fois que j’écoute « Chala Vahi Des », le deuxième morceau de cette playlist — pas la guitare de Jonny Greenwood, tapie quelque part derrière les percussions et les vagues de l’harmonium. Il faut pourtant creuser la surface des crédits de l’album Junun pour trouver leur nom, quand celui du membre de Radiohead figure partout. Leur invisibilisation pourrait être rapidement balayée par des arguments de notoriété, d’investissement ou de paternité du projet, mais même avec ceux-ci, l’anecdote est un rappel crispant de la réalité musicale dans laquelle nous vivons : bien sûr que les femmes (f/x) sont là, bien sûr qu’elles chantent, qu’elles jouent. Mais pour faire la lumière sur elles et leurs talents, il faut écarter les hommes comme on le ferait dans une foule aux centaines de visages énormes et semblables.

Elle s’appelle Nubya Garcia et a le menton haut, quand elle traverse Londres ou joue de son saxophone. Un instrument avec lequel elle fait corps, elle fait bouche, quand quelques décennies plus tôt sa pratique aurait été jugée vulgaire pour une femme, trop connotée, sale, alors qu’elle en aurait sorti les mêmes longues et puissante litanies. Nubya Garcia joue libre, mieux, elle leade des batteurs, des pianistes, des trompettistes, collabore avec Moses Boyd, Theon Cross et Shabaka Hutchings d’égale à égal. Iel s’appelle Kae Tempest, a sorti trois albums, cinq recueils de poésie, trois pièces de théâtre et un roman. Elle s’appelle Colleen, Cécile Schott de son vrai nom, était professeure jusqu’en 2006 et compose aujourd’hui des boucles superbes à base de viole de gambe, épinette, clarinette, wind chimes, calimba, piano à pouce, accordéon ou encore harmonicon. Elle s’appelle Arlo Parks, une poétesse chantant si justement sa « super sad generation » qu’elle a ravi le cœur des critiques musicaux·les de la BBC dans le classement Sound of 2020, à seulement 20 ans. Elles s’appellent Mélissa Laveaux, Fatima, Charlotte Adigéry, Scarlett O’Hanna, Anika, Yazz Ahmed, Lianne La Havas et sont les artistes qui portent ma colère et mon espoir, celui qu’on ne dérobe plus aux musicien·nes femmes, trans, non-binaires, racisé·es leur chance de créer, de performer et d’être reconnu·e·s.

Elisabeth Debourse
photo: Maurine Toussaint
HEY, nous aussi on a une newsletter
Ici, toutes les playlists ‘Fille De Choix’
Piqûre de rappel sur le concept ‘Fille De Choix’:

Tous les mois, une nouvelle curatrice nous concocte une playlist où les artistes féminines sont majoritaires. Pour qu’elles existent, pour qu’on les découvre, pour se battre contre le sexisme.