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Annabel Lee: première tournée et apocalypse.

Audrey Marot, lead d’Annabel Lee:

Notre première tournée avait pourtant débuté sous les meilleurs auspices. Vankou nous avait fait un Tetris aux petits oignons, tout rentrait dans ma voiture, alias « le corbillard ». Le soleil brillait, on avait un carton de bières de l’Ermitage dans le coffre, notre date à Lorient était finalement maintenue et on était excités comme des gosses. Nos seules préoccupations ? Faire fonctionner l’écran de l’autoradio et savoir où on allait s’arrêter pour manger.

Arrivée à Saint-Sauvant, date 1: on réceptionne nos disques qui sont arrivés juste à temps, on les écoute, tout est nickel. Accueil de dingue, cadre incroyable, logement à l’hôtel en face du lieu ; le pied.

Date 2, Angers, ça dérape. Hugo, notre batteur, tombe malade. Genre vomissements, fièvre et tout le tralala. Pas pour rigoler. On l’a donc envoyé chez le médecin en s’imaginant déjà faire la date à deux, Vankou et moi. A contre cœur, bien entendu. Good news, pas de coronavirus pour notre nanard national, une petite pharyngite. Hugo puisera dans ses dernières ressources pour faire le concert avec nous, et assurer jusqu’au bout. Trop bien. La salle est pleine, on vend du merch, tout roule.

Le lendemain, on joue à Nantes, date 3, et c’est moi qui ai la crève. J’ai mal à la gorge et ce que j’expectore n’est pas beau à voir. Vankou avait été bien inspiré de m’offrir un sirop aux plantes spécialement pour la voix. « Tiens, cadeau pour ta première tournée, moi ça m’a déjà pas mal sauvé ». On lutte, les conditions ne sont pas au top, mais on tient le coup. Le tenancier du bar a des problèmes avec le voisinage et on doit jouer super bas. Mais il semblerait que le public soit tout de même conquis.

Date 4, direction Rennes. La nuit a été réparatrice et tout le monde va mieux. C’est notre petit Vankou qui a un peu du mal ce jour-là, perturbé par sa nuit rythmée au son des « à l’aide » miaulés par le chat derrière la porte. Arrivés à Rennes, on retrouve la petite Marie. Cidre, galettes complètes, on est bien. « Vous êtes bien, putain ». Direction la salle où on retrouve notre ingé son Nini, les mecs de Galère (Xavier, leur batteur, est aussi ancien batteur d’Annabel Lee, c’est cool de le revoir), c’est la teuf. Une fois de plus, il y a du monde au concert, et on vend du merch. On hallucine un peu, c’est trop cool. Avant de repartir, on a rendez-vous avec Fanny chez Buzztattoo, et on y passe tous les trois, histoire d’immortaliser la tournée.

Date 5, le Galion, Lorient (Charlouze-sur-mer). On est dans la voiture, il pleut, on écoute des chansons tristes, et je pleure sous mes lunettes de soleil. On apprend que tout commence à fermer et que les dates s’annulent à la pelle. On a deux concerts en Belgique deux jours après, et ça semble compromis. On sound check, on dîne, et la salle ne se remplit pas. On est déçus, on se dit que c’est probablement notre dernier concert avant belle lurette. Et puis finalement, le public arrive en masse à 22h, pile à l’heure. Pas de four pour notre première tournée, donc. Un four, c’est quand tu joues devant genre le barman, l’ingé son et le gars qui fait les entrées. (Moi qui étais vierge des tournées, je ne connaissais pas ce terme).

Le lendemain, retour en Belgique. Le chat de J-B, notre hôte, a pissé sur mon écharpe, c’est l’enfer. Après quelques courses aux halles, on prend la route. C’est moi qui fais les premières heures tandis que tout le monde somnole. « Hugo sérieux c’est bizarre ce petit bruit quand j’appuie sur l’accélérateur ». « Non non t’inquiète c’est normal ». « Ouais avec Black Sheep on a déjà eu ça aussi, pas de stress » rétorque Vankou. Deux heures après, on était sur la bande d’arrêt d’urgence avec la voiture en panne. Le fameux corbillard, tu te souviens ? Une dépanneuse plus tard, on se retrouve à poireauter sur le parking de Pont-l’Évêque (comme le fromage), à 3h30 de la Belgique. On est vendredi, il est 17h30, en pleine crise de coronavirus, autant dire que c’est pas gagné, et la meuf de l’assurance en a pas grand-chose à faire. Pas possible d’avoir un véhicule de remplacement, surtout une familiale avec suffisamment de place que pour pouvoir ramener le matos ; la cocotte au bout du fil nous propose de rentrer en train, avec le matos sur les genoux. Heureusement, Jeff le papa de Vankou se dévoue pour venir nous chercher avec sa camionnette. On attend, on va boire un coup dans le troquet du coin, on mange des frites. L’autoradio refonctionne pour la première fois de la semaine, ce bâtard. Jeff arrive tel le messie et on rentre à Mouscron. Tous nos concerts sont annulés jusqu’à nouvel ordre. À la déprime post-tournée s’ajoutent la solitude et la quarantaine, chacun chez soi.

Je viens de recevoir un mail de Denis Tranquille (!!!) le garagiste chez qui on a laissé ma voiture à Pont-l’Évêque :

Bonjour,

Nous sommes fermés depuis hier, votre véhicule peut être récupéré après la fin du confinement. Désolé pour le dérangement.

Cordialement.

Notre premier album “Let the kid go” est sorti ce vendredi 20 mars. J’ai fait un petit live en solo depuis la maison, histoire de marquer un peu le coup et de se mettre du baume au coeur.

Revoir le live sur la chaîne Twitch de Luik
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